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Préambule

La résignation consumériste de l’homme contemporain, plus particulièrement celui d’Occident, a réduit progressivement ce dernier à l’ignorance totale des processus de fabrication des objets les plus modestes, pourtant bien utiles à son quotidien. Plutôt que d’apprécier, maîtriser, l’élaboration elle-même, il se focalise sur l’acquisition précipitée de son résultat, et d’autant plus sur son apparence.

Si le développement des fablabs, faux lieux d’accessibilité technologique, a permis au citadin la « production indépendante », peu salissante, et même à base de plastique, il n’en reste pas moins qu’il constitue un raccourcis permettant de rattraper une infime portion de retard dans cette incessante course aux nouveaux savoirs, gagnée d’avance par les magnats de l’industrie. On y rentre avec plein d’idées, économiques, et on en ressort content de posséder, rapidement, plutôt que fatigué d’avoir réellement fabriqué soi-même.

Le projet de meuble présenté ci-après n’a pas été aligné à ces starting-blocks. J’ai préféré découvrir, patiemment, un matériau organique, hétérogène, mis en œuvre selon des procédés simples, développés, pour certains, depuis l’Antiquité. Et il ne fait nulle doute que ceux-là sont à la portée de toutes et tous, qu’ils continueront à établir leurs preuves à bien des égards et en dépit de la modernité. À l’inverse des moyens numériques, que je ne refuse par ailleurs, pas du tout, ils laissent place tant à l’erreur qu’à la beauté du geste...

Ce tabouret, je le considère comme un manifeste, quelque peu naïf, forgé dans le registre de l’ébénisterie, étroitement lié aux principes architecturaux, et pourvu d’un fort contexte social ; son apparence, son confort, son usage, sa composition-même, ont été amplement décidés selon des rapports de cause à effet.

Tous ces choix, conceptuels ou pratiques, ont été notamment déterminés par l’emploi privilégié d’assemblages ne nécessitant l’usage d’une colle ou de dispositifs de quincaillerie. La plupart de ces techniques ont été empruntées à la charpenterie traditionnelle japonaise. Tout comme pour les temples nippons, chacune des pièces peut être démontée, et facilement réparée ou remplacée au besoin. La géométrie de ces systèmes a subi ma légère interprétation, mais surtout une miniaturisation afin de les ramener au domaine du mobilier. Bien que parfois inapparents, ces différents moyens de liaison, leur ingéniosité, révèlent une certaine beauté, au profit de l’ensemble, qui lui, ne se voudrait pas esthétisant.

Alors qu’il paraît être inévitablement une absurdité anachronique, le plus en sa défaveur serait, bien au-delà de sa courte portée politique, la démonstration intelligible qui conduit ce projet, compte tenu de sa petite échelle volumique, et donc de ses réelles contraintes dynamiques. Je reste néanmoins convaincu que ce moment d’étude et d’affirmation me sera grandement profitable dans l’exercice de mon désormais art/artisanat/métier.

Dans la perspective où cette bouée de sauvetage m’était cependant vaine, je pourrais qualifier a posteriori ma démarche, comme acte de rébellion temporaire, et l’objet, tel une fausse pièce d’art faisant l’éloge de la mécanique d’antan, en lieu et place de celle de la beauté avant-gardiste.

La présentation ci-après relate davantage une expérience personnelle, un parcours de réflexion, des détails cachés de l’objet, qu’une dextérité acquise ou un discours vendeur – il s’agirait plutôt de développer, et surtout partager, un long moment de recherche, en dehors de toutes contraintes de production, ou de création. Dans ce cadre précis, je me suis volontairement désintéressé de la magnificence à atteindre – celle qui noie tout le reste – pour mieux comprendre les plaisirs du révélé, de l’acte posé. Je me suis considéré avant tout comme un assembleur d’idées, celui qui a essayé de mettre à profit les enseignements prodigués par ses professeurs, les conseils émis par d’autres artistes/artisans/ouvriers, les raisonnements et savoirs récoltés à la lecture d’ouvrages, et diverses publications.

SANS COLLE (PRESQUE), NI CLOUS, NI MACHINE CNC