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Ergonomie vs esthétique vs technique

L’usage de ce tabouret sera réservé à mon propre lieu de vie. Je m’imagine installé dessus, dans la cuisine, devant le plan de travail...

En comparaison avec celui d’une chaise, ce type de siège répondrait au besoin de repos exprimé par une personne occupée à une tâche, plutôt qu’à son délassement. Cette dernière ne doit être limitée dans ses mouvements en vue de la bonne exécution de son activité physique. Le tabouret ne comprend bien souvent aucun dossier, ses dimensions d’encombrement sont assez réduites. Quelle que soit sa direction par rapport à la dynamique de circulation dans l’espace, on peut toujours s’y asseoir, ou s’en retirer, avec facilité.

Dés le début de la conception, je décide de conférer plus d’importance à l’ergonomie qu’à l’esthétique. Je suis par ailleurs soucieux de repousser au maximum la limite technique à leur profit, mais jamais au détriment de la solidité de l’ouvrage.

Pour pouvoir aborder l’étude ergonomique, je détermine des dimensions de référence par la prise de mesures sur plusieurs modèles de tabourets préexistants. Je peux alors définir avec plus d’exactitude la hauteur d’assise, et le placement du repose-pieds, en fonction de la physionomie des deux futurs et principaux utilisateurs, ainsi qu’en tenant compte du volume de dégagement en dessous du plan de travail, compris entre sa ceinture et sa traverse intermédiaire.

Ma compagne s’installera sur le tabouret en étant complètement assise, avec les pieds y reposant, et pour ma part, je pourrai aussi m’y tenir dans une position « assis-debout ».

La circonférence du plateau d’assise fait varier notamment le confort de celui-ci. Je le devine par une simulation approximative, à l’aide d’un dessin mis à échelle. Il me paraît tout aussi important de délarder fortement cet élément, ceci évitant le cisaillement de l’arrière de la cuisse.

Un profond espacement doit impérativement être conservé entre le repose-pieds et le tronc afin que les pieds puissent se maintenir sur la pointe, et sans pour autant que ceux-ci ne se fatiguent trop vite. Les ergots du plateau invitent l’utilisateur à se positionner sur un des axes du tabouret, c’est-à-dire, de la manière qui offre le plus de confort, notamment concernant le repos des pieds.

Plus le repose-pieds se rapproche du plateau, plus il devra être large. Plus le repose-pieds est large, moins le pied s’y reposera sur sa pointe. Ceci impliquant par la même occasion que la hauteur de dégagement entre le repose-pieds et la traverse supérieure sera moindre.

En ce qui concerne l’esthétique apportée à l’objet, j’éprouverais peut être des difficultés à la décrire car je ne l’ai abordée avec tant de certitudes, et encore moins comme totalisante.

Par la taille de la masse, je comptais révéler la nature hasardeuse du matériau. Je préférais par ailleurs valoriser la rencontre géométrique des assemblages, plutôt que d’apporter une sophistication à l’ensemble de l’objet.

Si je devais apporter des concepts à la forme générale du tabouret, ce serait probablement par l’évocation d’un sablier, en écho à cette estimation particulière du temps abordée ci-avant. Je l’aurais aussi rapprochée d’une typographie à empattements, tout en lui conférant un certain anthropomorphisme.

Notes sur Phi


Je n’adhère pas aux théories relatives aux proportions d’or, car il a été démontré [1] que celles-ci sont fondées sur des généralisations abusives, des hypothèses inexactes et même, du mysticisme.

Si je peux comprendre la fascination que leur portent designers, architectes, sculpteurs et autres créateurs, je ne peux que regretter l’interprétation que beaucoup leur donnent lorsqu’il s’agit de les d’appliquer. À l’instar de certains « démonstrateurs » qui s’efforcent à prouver l’harmonieuse proportion de tel ou tel objet, logo, ou quoi d’autre, plaçant là où il est le plus judicieux les segments qui détermineront les longueurs lors du calcul des quotients, tout en omettant d’énoncer une quelconque logique mathématique.

Selon Vitruve, l’origine de ce système modulaire se trouverait dans les proportions du corps humain. Avons-nous déjà rencontré deux êtres aux apparences identiques ? Pourquoi l’un serait-il plus beau que l’autre ? Rationaliser toutes les réponses possibles à cette deuxième question, dans un système mathématique, aussi complexe soit-il, ne peut que déboucher sur des perspectives inquiétantes.

Je continuerai à prononcer « Je n’aime pas. », plutôt que « Ce n’est pas beau. ».
Pour l’exercice, j’applique les formules du rectangle Parthénon, inscrivant l’objet en vue de face :
a/b = 1,577 ; c/d = 1,982.
D’après les résultats des calculs, mon travail ne se présente pas dans des proportions agréables.

L’étude technique se décline à un niveau structurel, et en même temps, par une méthodologie de travail, élaborée en fonction de mes savoir-faire et de l’outillage disponible ou à acquérir.

Je désire par ailleurs développer une réflexion particulière autour de la réalisation, technique comme esthétique, d’une forme galbée. Je prends pour postulat de la concevoir sans avoir recours aux techniques de façonnage généralement utilisées : composition en maçonnerie, taille importante dans la masse, cintrage avec ou sans étuvage, lamellé-collé.

Je pouvais envisager cette courbe dans une seule pièce qui en aurait la forme naturellement – ce principe est notamment employé pour la fabrication des ages de charrue – mais je préfère l’élaborer dans une combinaison de deux éléments se succédant. Ce choix s’oriente en raison du façonnage difficile rendu par un « bois de réaction », mais aussi par mon envie de morceler un canon de beauté, de le retordre à nonante degrés.

Bien que les proportions ne soient pas du tout celles retrouvées dans le style Louis XV, tant la console, que la volute ou le (contre-)fuseau restent apparents. Cette forme galbée dans un binôme sera appliquée aux pieds et bras de la structure.

Imaginer cette « minuscule » construction en bois, sans l’usage de colle soulevait une certaine prudence de ma part. Cette restriction au montage du billot, formant le panneau du plateau d’assise, se révélait déjà très laborieuse. Je me réservais dés lors une marge de manœuvre pour pouvoir revoir mon avis, en temps voulu, à la veille de la réalisation de cet élément.

Une autre retenue dans la conception concernait l’épaisseur des sections, dans leur forme finie. Bien que plusieurs personnes m’aient averti du manque de finesse apparent sur les plans du meuble, j’ai décidé conserver des volumes de matière suffisants pour pouvoir former de solides assemblages.

DÉROULEMENT DE LA CONCEPTION

[1Une infirmation vulgarisée est disponible à l’adresse http://www.pseudo-sciences.org/spip...